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Philippe

Douste-Blazy

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29 June 2026

La solidarité mondiale a besoin d’un nouveau modèle : la France peut continuer à ouvrir la voie

Dans le nord-est de la République démocratique du Congo, les équipes d’Oxfam ont mis une semaine à intervenir après l’identification d’une nouvelle épidémie d’Ebola. Selon leur antenne locale, avec des financements suffisants, elles auraient pu atteindre les provinces touchées en 72 heures. Ce délai témoigne de ce que devient la solidarité internationale lorsque ses financements reculent : moins d’équipes sur le terrain, moins de surveillance sanitaire, moins de matériel de protection, moins de traçage des cas contacts, moins de capacité à intervenir avant que la crise ne s’étende.

Il ne s’agit pas d’un cas isolé. Au Soudan, au Sahel, dans de très nombreux pays vulnérables, les alertes se multiplient. Des organisations humanitaires réduisent leurs équipes. Les besoins augmentent au moment même où les moyens se contractent.

La solidarité internationale recule Il serait confortable d’y voir la conséquence d’un seul gouvernement, mais ce serait une erreur. Le démantèlement de l’USAID et les coupes massives engagées par les Etats-Unis ont évidemment produit un choc considérable. Mais le mouvement est plus large. Le Royaume-Uni, l’Allemagne, la France eux-mêmes ont réduit leurs efforts. Partout, l’aide publique au développement est renvoyée derrière d’autres priorités.

L’endettement massif des pays riches change profondément la donne, remettant en cause l’aide publique au développement telle qu’elle s’est construit depuis trente ans. Bien sûr, nous devons continuer à inciter les gouvernements à sans cesse l’augmenter, mais le constat amer est là, froid et consternant. L’aide recule dangereusement, faisant entrevoir pour tous les spécialistes une dizaine de millions de morts dans les prochaines années.

La taxe de solidarité sur les billets d’avion : un succès français En plaçant la réduction des déséquilibres mondiaux au cœur du sommet d’Evian, la France n’ignore pas l’impact du recul de la solidarité internationale et en appelle à une réforme du financement du développement.

Il y a 20 ans, deux pays, la France et le Brésil, deux présidents, Chirac et Lula, ont démontré qu’une idée simple pouvait produire des effets considérables. La taxe de solidarité sur les billets d’avion, créée en 2005, a permis la création d’UNITAID et de soutenir l’accès aux traitements contre le VIH, la tuberculose et le paludisme, bénéficiant à des millions de patients chaque année en leur permettant d’avoir accès à des traitements vitaux qu’ils n’avaient pas auparavant. Cette petite idée, indolore pour l’Etat comme pour le citoyen, a permis de lever plus de six milliards de dollars. Ils venaient de créer la première organisation de solidarité internationale basée sur un financement innovant. Et cela malgré l’opposition de lobbyings puissants. C’était, alors, une décision révolutionnaire. «  Un des plus grands succès diplomatiques de la France  » disait le président Clinton.

C’était la première ébauche d’une solidarité citoyenne mondiale à partir d’un prélèvement sur les flux économiques mondialisés. Elle fut suivie par un microprélèvement sur les transactions financières voulu par le président Sarkozy puis doublé par le président Hollande, toujours affecté à la solidarité internationale. C’est notre pays qui l’a fait.

Plus récemment, la Global Solidarities Levies Task Force, initiée par la France aux côtés du Kenya et de la Barbade, dirigée par Laurence Tubiana, a proposé de nouveaux financements innovants, en particulier dans la lutte contre le changement climatique.

La solidarité, condition de stabilité et de sécurité Le G7 peut devenir le moment où la France propose une coalition de pays volontaires engagée dans une nouvelle génération de contributions solidaires internationales. Dans un monde où les rapports de force gagnent du terrain, la solidarité doit être pensée comme une condition de stabilité partagée et de sécurité collective. N’oublions jamais que l’extrême pauvreté est une des causes de conflits et de phénomènes migratoires. La France a déjà montré que des contributions modestes pouvaient produire des effets immenses. Elle a aujourd’hui l’occasion de le refaire.

Il s’agit de reproduire une méthode : identifier des flux, créer une contribution acceptable, l’affecter à une mission précise, en mesurer l’impact, puis entraîner d’autres pays volontaires. Tout ne se fera pas en un sommet, mais un sommet peut être déterminant. La France a la légitimité pour le faire. A une condition : la volonté politique.

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